Rénovation d’une maison en pisé : erreurs et bonnes pratiques

Vous projetez de rénover une maison ancienne dans la région Auvergne-Rhône-Alpes ? Vous avez de fortes chances qu’elle soit en pisé. Pisé, bauge, torchis : on trouve également des maisons en terre banchée dans d’autres régions de France, notamment vers Toulouse, ou en Picardie, ce mode de construction ayant été pratiqué depuis l’antiquité dans toutes les régions aux sols argileux, limoneux ou encore sableux. Si la construction à base de terre a fait l’objet de nombreux écrits au 18e siècle, la rénovation d’un bâtiment en pisé reste un sujet délicat. On fait le point sur les bases de ce mode constructif et les bonnes pratiques et précautions à prendre lorsque l’on se lance dans la rénovation d’une maison en pisé.

Rénover une maison en pisé : ce qu’il faut savoir

Un projet à venir ?

La construction traditionnelle en pisé


Contrairement aux idées reçues, les maisons en pisé, c’est-à-dire construites à base de terre crue banchée parfois mélangée à du foin ou de la paille (on parle alors de bauge ou de torchis) et soutenue par une charpente en bois, sont solides et résistantes, comme en témoignent de nombreuses constructions de ce type pluri centenaires. 

En effet, la terre est un matériau très stable, à condition de la protéger de l’eau et de réguler son taux d’humidité : trop humide, le mur en pisé se décompose, et à l’inverse, s’il est trop sec, il s’effrite. 

Durabilité des constructions en pisé

 

Rénovation d’une maison en pisé : les erreurs à éviter

Dans les années 50, l’apparition de nouveaux matériaux et l’avènement du béton a révolutionné les techniques constructives. Si ces innovations ont permis de se dégager de nombreuses contraintes – et notamment de répondre rapidement à un besoin de logements important, elles ont également contribué à la perte de certains savoir-faire traditionnels et aussi d’une certaine conception du bâtiment.

Aujourd’hui, on a tendance à considérer un bâtiment, une fois sorti de terre, comme un objet terminé voire hors sol, au sens où il n’est plus soumis à son environnement. Une logique à ne surtout pas appliquer aux bâtiments en pisé - qui comme on l’a vu, sont « vivants » - sous peine de créer des désordres importants !

Pour garantir la pérennité d’une maison en pisé, il est essentiel de ne pas perturber les transferts d’humidité et d’éviter les contacts directs avec l’eau humide. 

Or, les matériaux actuellement utilisés dans les travaux de rénovation ou d’embellissement - qu’il s’agisse de peinture intérieure, de ravalement de façade ou d’aménagement extérieur - sont pour beaucoup étanches à la vapeur d’eau et vont donc empêcher ces transferts indispensables d’humidité dans les parois. Voici un petit schéma explicatif des erreurs les plus communément rencontrées dans le cadre d’une rénovation de maison en pisé et de leurs conséquences sur le bâti.

Au sol, la construction d’une dalle ou d’une terrasse en béton va imperméabiliser le sol et aboutir à une concentration de l’humidité qui, ne pouvant plus s’évaporer par le sol, risque de se déporter vers les murs sous forme de remontées capillaires, surtout si les soubassements ont été partiellement ou totalement enterrés.

Les mauvaises pratiques en rénovation de maison en pisé

Autre exemple : l’application d’un enduit extérieur inadapté ou d’une peinture étanche sur les murs empêchera l’eau présente sous forme gazeuse dans les murs de s’évacuer librement. 

En trop grande concentration et sous l’effet des températures, elle risque de se transformer en eau liquide et de créer des dégâts importants sur la structure des murs mais aussi de la charpente et des planchers bois. Sur un mur gorgé d’eau, les têtes de solives imbriquées dans le mur seront amenées à pourrir.

Ce tableau dépeint des cas de figure extrêmes et ne signifie aucunement que rénover une maison en pisé est impossible ! Par contre, il est nécessaire de prendre des précautions avant de se lancer.

Comment rénover une maison en pisé ?

Il n’existe pas de solution clé en main pour rénover une maison en pisé. Comme pour tout projet de rénovation d’un bâti ancien, chaque cas est à examiner en fonction de l’environnement et de l’état du bâti. 

Avant de se lancer dans les travaux, il convient donc de faire réaliser des diagnostics. La charpente mérite une attention particulière, puisqu’en plus de supporter la toiture, elle lie les murs entre eux : en amont de toute rénovation, on s’assurera qu’elle est saine. De même, toute modification de la couverture, de la charpente ou même des cloisons ou sols intérieurs a potentiellement un impact sur l’ensemble de la structure du bâtiment et doit être réalisée en suivant les préconisations d’un bureau d’étude et être mise en œuvre par un professionnel qualifié et assuré. 

Enfin, et comme évoqué plus haut, le principal point de vigilance lorsque l’on rénove une maison en pisé est la question de la gestion de l’humidité. Revue en image des bonnes pratiques.

A noter : comme toute rénovation de maison, n’oubliez pas que si vous souhaitez modifier l’aspect extérieur de votre maison, vous devrez demander les autorisations de travaux auprès des services de l’urbanisme de votre localité.

Les bonnes pratiques pour rénover une maison en pisé

L’épineuse question de l’isolation des murs en pisé…

Côté efficacité énergétique, la question de l’isolation des murs lors de la rénovation d’une maison en terre crue est un sujet épineux. D’ailleurs, les murs en pisé dérogent à l’obligation d’isolation lors d’un ravalement de façade. 

Isoler un mur en pisé avec une solution inadaptée peut avoir des conséquences sur la structure du bâtiment, mais également sur le confort intérieur. 

  • En effet, le pisé, par sa capacité à absorber et relâcher la vapeur d’eau, régule le taux d’humidité et participe ainsi au confort hygrothermique (c’est-à-dire à la sensation de confort lié à l’humidité de l’air ambiant). L’humidité, stockée en hiver, pourra s’évaporer au contraire en été, ce qui adoucira les températures. Ce phénomène fonctionne comme une climatisation naturelle. 

  • Le pisé apporte également de l’inertie, ce qui contribue à lisser les températures par un phénomène de stockage de la chaleur dans le matériau et de restitution.
     

Le choix d’isoler les murs devra être réfléchi afin de ne pas diminuer la sensation de confort. Parfois un enduit de correction thermique sera plus indiqué….   

Améliorer l’isolation via un enduit de correction thermique

Seul un diagnostic de l’état des murs par un spécialiste permettra de définir des solutions adaptées, solutions qui peuvent varier sur les différents murs d’un même bâtiment en fonction de leur exposition au vent et à la pluie…

 

En cas d’isolation des murs, on veillera à mettre en œuvre un isolant et un parement ouverts à la vapeur d’eau, qui ne couperont pas les transferts d’humidité.

 

Plus globalement, toute opération d’isolation – changement des fenêtres inclus – va avoir un impact sur le renouvellement de l’air intérieur et doit donc s’accompagner de la mise en place d’une ventilation adaptée.

Zoom sur l’aménagement intérieur d’une maison en pisé

Généralement, les maisons en pisé sont d’anciens corps de ferme constitués de deux niveaux. Au rez-de-chaussée, de multiples petites pièces sont séparées par des murs autoportants, tandis que l’étage accueille un grenier. De nombreux mètres carrés à disposition, mais dont l’aménagement ne correspond pas nécessairement à notre mode de vie…  Sans prétendre à l’exhaustivité, voici quelques conseils et bonne pratiques à garder à l’esprit coté aménagement intérieur.

 

Les précautions à prendre côté jardin

On a tendance à ne pas y penser, mais aménager les pourtours d’une maison en pisé peut avoir des conséquences sur le bâtiment. Voici quelques précautions à prendre avant de faire son plan de jardin.

Rénover une maison en pisé, c’est possible mais cela suppose une bonne connaissance de ce type de bâtiment.


 

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