La construction réversible

27 Novembre 2020Belinda Tempier

Elle pourrait sans doute devenir le pilier de la construction durable : la réversibilité. Avant la Covid-19, le marché des bureaux se portait bien, même très bien. Très peu de bureaux étaient vacants, les constructions allaient d’ailleurs bon train dans les zones périurbaines. Mais la crise sanitaire a demandé aux entreprises de revoir leur façon de travailler, moins de présence au bureau, plus de télétravail. Les bureaux se vident, des plateaux entiers sont déserts, et se pose cette question : que faire demain de nos milliers de m² à l’abandon ?

La réversibilité des bâtiments : la solution ?

La tendance au télétravail va se confirmer dans les prochaines années. Au-delà de la crise sanitaire, c’est aussi une façon de répondre à l’urgence climatique, en limitant drastiquement les trajets en voiture.

La construction réversible permettrait de réfléchir avant même d’avoir creusé le trou pour les fondations, à comment transformer un bureau en logement, en un autre lieu de vie, à moindre coût, et à faible impact écologique. Une notion qui ne doit pas s’adresser uniquement au marché des bureaux. La réversibilité, ou l’évolution du bâtiment, peut être appliquée à toutes les constructions, afin de s’adapter aux besoins de la population, et aux enjeux environnementaux.

La catastrophe écologique des Jeux Olympiques

La construction réversible aurait permis d’éviter les constructions aujourd’hui à l’abandon dans de nombreuses villes ayant accueilli les JO : Athènes, Rio, Sotchi, Grenoble… Toutes les infrastructures ont été construites pour un évènement éphémère, pour finalement ne plus être utilisées. Aujourd’hui elles sont soit à moitié détruites, soit dégradées et/ou squattées. Pour éviter ce cauchemar écologique et cette aberration économique, la ville de Paris s’est inspirée du modèle des JO de Los Angeles en 1984. En effet, c’est la seule exception où la ville n’a presque rien construit et a préféré s’appuyer sur des infrastructures existantes.

Ce sera la même chose pour Paris, à l’exception du village Olympique. Mais là, la Mairie de Paris mise sur la construction réversible. Les lieux seront pensés pour accueillir un vrai quartier, et non juste un lieu de fête. L’objectif est ensuite de pouvoir rapidement, et sans surcoût, transformer le village Olympique en un nouveau quartier fonctionnel, adapté à une nouvelle vie citadine.

Construction réversible : des défis à relever

La voie vers la réversibilité du bâtiment pour toutes les constructions est encore longue. Les professionnels sont prêts à construire pour que l’intérieur soit facilement modulable. En utilisant le BIM (Building Information Modeling, permettant la visualisation numérique de la construction dans son ensemble), ils sont également capables d’anticiper l’agencement des conduites d’eau, de chauffage, ou encore de ventilation.

En revanche du côté de l’administration, on n’est tout simplement pas prêt. Le PLU est le premier frein, il définit les zones de bureaux, d’habitation, industriel, zone mixe… Pouvoir construire de façon réversible demanderait plus de flexibilité du côté des PLU.

Même chose pour le permis de construire, aujourd’hui il est délivré pour un unique usage : habitation, bureau ou commerce. Et si vous souhaitez changer, vous devez demander un nouveau permis.

Autre problématique : les normes de sécurité. Elles ne sont pas les mêmes dans les bureaux et dans les logements. Enfin, la fiscalité n’est également pas la même pour la construction d’un logement, et la construction d’immeubles à usages commerciaux ou de bureaux.

La construction réversible comme norme ne sera donc pas pour tout de suite, mais elle est aujourd’hui en pleine expansion. Et tout porte à croire qu’elle participera au nouveaux visages des villes de demain !

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